Défaut de la barrière cutanée et dermatite atopique

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Défaut de la barrière cutanée et dermatite atopique

Message  Jojo le Lun 17 Mar - 11:46

Dermatite Atopique et défaut de la barrière cutanée : Historique et réflexions...

Depuis longtemps on  nous parle de défaut de la barrière cutanée dans la dermatite atopique (DA), défaut constitutionnel de la perméabilité de la peau qui laisserait  passer des allergènes de l'environnement ( de haut poids moléculaire), permettant ainsi une sensibilisation à ces allergènes puis une réaction locale sur la peau.

Pendant près de 30 ans, c'est le défaut lipidique qui fut pris comme argument commercial, décrivant que le défaut en certains lipides de la peau atopique (céramide 1,3 et 6) entraînait une sécheresse cutanée chronique et de ce fait permettait le passage des allergènes via la peau.
Et toujours , l'idée de l'anormalité de la barrière cutanée a précédé le conseil de restaurer cette barrière défectueuse avec des émollients / hydratants.
Ce qui est à la fois un concept marketing et une défense des intérêts de la dermatologie: conserver la dermatite atopique dans le créneau « maladie de la peau » face au développement d'autre spécialité comme l'allergologie.
Cette théorie du défaut lipidique s'est révélé fausse, puisque c'est la réaction immunitaire atopique qui déstructure la barrière lipidique cutanée.

En France, ce discours marketing et corporatiste, basé sur l'idée de défaut puis de restauration de la barrière cutanée a toujours coexisté des décennies durant avec un autre discours bien plus réel lui, sur la vraie physiopathologie de la dermatite atopique:
-Inadaptation du système immunitaire dans les pathologies atopiques à la disparition des maladies infectieuse (théorie hygiéniste) avec prédominance du profil Th2.
-La dermatite atopique comme premier symptôme de la marche atopique.
-Rôle des allergènes alimentaires sur le déclenchement de la DA du nourisson.
-Rôle des allergènes et de leurs pénétration par les voies respiratoires et digestives.
-Défaut de la barrière cutanée consécutive à la DA et non l'inverse...

En 2006, une étude sur les gènes mutants de la filaggrine est venu rompre cet équilibre:
La filaggrine est une protéine produite par le kératinocyte dans la couche granuleuse qui permet l’arrangement des filaments de kératine et participe à la formation de l’enveloppe cellulaire de la couche cornée.
Il a été découvert que 10% de la population européenne présente une mutation du gène de la filaggrine.
Que 11 à 30% des atopiques présentent des mutations du gène de la filaggrine.
Cette étude a eu pour conséquence de remettre au centre du discours le défaut de la barrière cutanée, qui serait à l'origine des sensibilisations et du passage de « substances environnementales » dans la peau.
Cette hypothèse a atteint une telle envergure que le discours sur la perturbation du système immunitaire dans la DA a été complétement relégué au second plan.

D'abord, un premier constat général: la plupart des personnes qui parlent de théorie scientifique ne sont pas les scientifiques eux même mais des publicitaires. Le discours sur la filaggrine est une interprétation orientée d'une étude scientifique faite par un vrai spécialiste Alan.D Irvine (spécialiste anglais) qui précise lui même que les mutations du gène de la filaggrine ne sont ni nécessaires ni suffisantes pour expliquer le concept d’entrée dans la pathologie dermatite atopique par un défaut de la barrière cutanée.

Dans un cours d'épistémologie qui a pour objet l'étude critique des postulats, on apprend par induction logique qu'il suffit de trouver un cygne noir pour prouver que tous les cygnes ne sont pas blanc.
En matière de DA, il suffirait donc d'évoquer l'allergie aux protéines du lait de vache du nourrisson, qui est souvent la première porte d'entrée dans la pathologie dermatite atopique.
La sensibilisation puis la réaction à cet allergène s'effectue via le tube digestif, lui-même associé à une immaturité digestive, la sensibilisation se faisant peut être même durant la gestation.
Il est en effet difficile de croire, qu'un nourrisson atopique aurait été sensibilisé aux protéines du lait de vache par la peau, les mamans n'ayant pas pour habitude de baigner quotidiennement leurs bébés dans du lait.
Autre exemple, le dépôt  d'un extrait de poussière de mon aspirateur sur la peau de mon bras n'entraîne aucune réaction immédiate ou tardive, tout comme le dépôt d'un haricot d'un cassoulet.
Alors que l'inhalation de moisissures et poussières lors du déménagement d'un ami ou le fait de déguster  un bon cassoulet (allergie aux légumineuses) ont été à l'origine de crises de DA.
Ces exemples suffiraient donc à affirmer que la DA n'est pas  une pathologie de la barrière cutanée puisque  les « poussées » sont consécutives à l'inhalation ou l'ingestion d'allergènes. Initialement, la peau étant parfaitement restaurée.

Pour aller plus loin, et réfléchir à cette hypothèse que la mutation du gêne de la filaggrine serait à l'origine de la sensibilisation et du passage des allergènes dans la peau, on pourrait ajouter en exemple celui de la dermatite atopique canine dont la physiopathologie ne diffère pas de celle de l'humain.
Les vétérinaires ont remarqués que les gènes codants de la filaggrine n'étaient pas retrouvés chez certaines races de chien alors que c'est un caractère dominant chez d'autres (labrador par ex).
Pourtant les DA de ces chiens ne diffèrent d'aucunes manières et présentent les mêmes sensibilisations et réactions aux atopènes (acariens de stockage, alimentaires...).
Aucune sensibilisation surajoutée chez ces chiens porteurs du gène mutant qui se ferait par la peau.
Certains diront que cela ne prouve rien...certes ! si ce n'est le fait que nos amis vétérinaires semblent réfléchir un peu plus que leurs confrères dermatologues.

Mais la dermatologie prépare les réponses à ses propres hypothèses:
Ainsi, même chez un atopique qui ne présente pas une mutation du gène, il est dit qu'il existe tout de même un défaut d'expression de la filaggrine qui entraîne une altération de la barrière cutanée.
Ce qui est vrai, oui !
Mais ce défaut d'expression plus ou moins partiel et transitoire, et intégré à l’immense cascade inflammatoire, est consécutif à la réaction immunitaire entrainée par l'inhalation ou l'ingestion d'allergènes, ce défaut étant réversible lors de la normalisation de la peau.
Il n'y a pas un défaut d'expression permanent, c'est à dire que nous les atopiques ne vivons pas avec une peau altérée 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, ce qui suffit pour observer et comprendre que les allergènes ne peuvent traverser notre épiderme.
On entend aussi qu'une vraie allergie n'est associé que rarement à la DA, que dans les cas sévères, il s'agit de DA non allergique (intrinsèque)...mais c’est une autre histoire, car bien des éléments sont ignorés de nos dermatologues.
Et il convient de mettre les choses au clair : bien qu’on puisse trouver des anticorps auto-immuns dans de vieilles lésions d'eczéma, cela ne fait pas de la DA une maladie auto-immune.
Et les DA non allergiques n'existent pas !
Est-ce que ce discours consisterait à masquer les échecs de la prise en charge?

Un célèbre médecin français disait:
« On sait de plus en plus de choses sur des objets de plus en plus réduits et on finit par tout savoir sur rien du tout. Alors que l'inverse qui consiste à intégrer des phénomènes multiples et de les ramener à une globalité est beaucoup plus difficile »
Oui, on peut fouiller les lésions, la peau d'un atopique, trouver n'importe quoi, extrapoler, orienter des conclusions d'études dans un sens corporatiste ou marketing, inverser les conséquences et les causes, s'attarder sur des détails, se fixer sur un éventuel défaut de la barrière cutanée.
Tout cela n'est que faux débats et éloigne sans cesse le discours de l'essentiel, aboutissant à un seul résultat, la négation absolue de la vraie physiopathologie de la dermatite atopique.

De ce fait, la prise en charge continue d'être un échec total.
-Ignorance des allergènes et de leurs voies  de pénétration
-Ignorance des activateurs de l'inflammation
-Ignorance des aggravations et surinfections causées par les émollients sur des lésions d'eczéma
En effet, nous atopiques, nous remarquons qu'en prévention vis à vis des allergènes majeurs notre peau est normale, que nos crises de DA sont causées par l'inhalation ou l'ingestion d'allergènes (voie respiratoire et digestive), qu'une fois les lésions en place elles s'aggravent et se pérennisent sous d'autres effets non allergènes: Irritants, histamino-libération, surinfection microbienne...
Qu'il faut agir globalement pour s'en sortir, ce qui suppose au préalable l'acceptation d'une certaine complexité qui ne semble pas être la qualité première des spécialistes (et de certains atopiques, reconnaissons le !).

La DA n'est pas une pathologie simple (défaut de la barrière cutanée !) associée à une solution simple (restauration de la barrière cutanée avec des émollients !).
Le discours simpliste est normalement la panacée des publicitaires.
A croire que la dermatologie française n'est plus une spécialité médicale, mais le service communication des industriels du cosmétique.
En matière de DA, les stratégies promotionnelles contrôlent l'ensemble de la pratique médicale et de l'information donnée aux patients.
S'y ajoute un intérêt corporatiste, un aveuglement obsessionnel de garder la dermatite atopique dans la cadre des maladies cutanées. La peur de remettre en cause un discours faux et enseigné depuis des décennies.
Ces deux constats posent un problème éthique et moral alors que la DA touche aujourd'hui un enfant sur quatre.
Jamais les spécialistes censés nous soigner n'ont été aussi éloignés des réalités que nous vivons au quotidien.
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bravo

Message  elora 56 le Mer 9 Avr - 15:32

Bravo Jojo,

Quel travail tu as réalisé en écrivant tout ça et que cela me semble vrai. Je trouve incroyable l'importance des labos et du marketing dans la DA. L'ANSM ne "labellise" même pas les crèmes pour peaux sèches ou atopiques....Aucun contrôle et le labo met l'indication qu'il veut  No   No   No C'est vraiment nous manquer de considération et nous prendre pour des co-s !!! Sans compter que selon les dermato il faut qu'on mette du coldcream partout, ce serait le soin de base et que celui ci n'est pas remboursé!!!

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Bref de cure thermale

Message  Jojo le Mar 8 Sep - 22:54

Courrier d’un papa fort préoccupé par la dermatite atopique de son tout petit qu’il conduit en cure thermale dans le sud de la France.
Il assiste à une conférence de la dermato-chef sur la DA.
« On ne fait pas une DA parce qu’on a mangé un aliment auquel on est allergique. On fait une DA parce que l’aliment est passé par notre peau en très petite quantité ».
Et suit un blabla sur la « barrière cutanée » et les émollients.

Le papa aurait pu poser la question : « et la muqueuse buccale ? ».

Rigolo thérapie…ou thérapie honteuse ?
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Re: Défaut de la barrière cutanée et dermatite atopique

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